Accueil > Pont Transcouleur > le Pont Transcouleur n° 100, février 2016

le Pont Transcouleur n° 100, février 2016

dimanche 14 février 2016

[Edito]

Insupportables atteintes à l’égalité !

Qui aurait pu imaginer que le Président de la République proposerait d’inscrire dans la Constitution une insupportable atteinte au droit à l’égalité et aux libertés individuelles et collectives ?

Après l’horreur des attentats de janvier et novembre qui ont secoué notre société, nous attendions autre chose des responsables politiques que des renoncements à ce qui fonde le pacte républicain d’égalité, de liberté et de solidarité. Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec la déchéance de nationalité et l’état d’urgence !

L’état d’urgence conduit à des décisions arbitraires, des dérives autoritaires et à un accroissement des discriminations à l’égard de populations déjà stigmatisées en raison de leur origine et/ou leur religion supposées ou réelles. Toutes ces mesures, dont l’efficacité n’est pas démontrée, mettent à mal la séparation des pouvoirs : l’exécutif s’accapare le pouvoir législatif et rejette le pouvoir judiciaire hors de son rôle de défenseur des libertés. Pérenniser l’état d’urgence, c’est habituer les citoyen-ne-s à un état d’exception et préparer le terrain pour des gouvernements décidés à réprimer toute opposition démocratique.

Inscrire dans la Constitution le retrait de la nationalité française à des binationaux c’est instituer deux catégories de Français, ceux qui le seraient et ceux qui le seraient moins, au motif que leurs parents ou grands-parents ne l’étaient pas. C’est renoncer au principe de la nationalité liée au droit du sol après avoir renoncé à ouvrir le droit de vote pour tous ceux qui vivent et travaillent ici.

Le gouvernement y voit un symbole. Mais quel symbole ? Tout le monde s’accorde sur l’inefficacité de cette mesure pour lutter contre le terrorisme. Comment vont réagir les jeunes binationaux, nés en France, et pour beaucoup, issus du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne, car ce sont eux, n’en doutons pas, les cibles de ce projet ignominieux ? Ne subissent-ils pas suffisamment leur lot quotidiens de discriminations économiques, sociales, culturelles sans qu’il faille y ajouter cette mesure, porteuse de discrimination, d’exclusion. Quel message terrible d’une République qui trie et exclut ! Quel signal désastreux à tous ceux qui doutent de leur appartenance pleine et entière à la nation !

Quelle victoire pour l’extrême droite et ceux qui partagent leur idéologie racialiste, ceux qui considèrent que les étrangers sont responsables de nos maux, ceux qui prétendent que le "vivre ensemble" avec nos différences n’est pas possible ! Quelle invitation aux discriminations racistes !

Au contraire, refusons de désigner des boucs émissaires ; donnons à l’égalité des droits toute sa place pour une société ouverte, accueillante, libre et fraternelle.

Ce qu’il faut opposer à la terreur, c’est davantage de démocratie.

Augustin Grosdoy

Télécharger le bulletin